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Sous un vent nocturne...

 

Sous un vent nocturne, dans une brume légère

Où vacille l’éclat froid et blafard d’une lune claire,

Aux flancs d’une forêt aux plus sombres heures

Brille un regard solitaire d’une ancestrale vigueur.

 

Aussi loin que remonte l’humaine mémoire,

Il erre dans les ténèbres de nos peurs du noir ;

Blotti dans les ombres labiles de nos rêves,

Il se dresse comme un malheur sans trêve.

 

Tristement nimbé de l’aura du sinistre prédateur

Il est sans conteste des forêts un noble Seigneur,

Mais toujours ses yeux obliques d’un jaune doré

Épongent le courage pour des mémoires torturées.

 

Nombre d’histoires, de légendes et d’aventures

Vomies sur les âges par tant d’âmes immatures

Imprègnent son gris pelage d’une ombre de laideur,

Qu’il soit du Grand Nord, des Carpates ou d’ailleurs.

 

Prince maudit né des amours du vent et de la lune

Dont l’âme noble et fidèle chevauche l’infortune,

Son regard hante la nuit d’une maléfique beauté

Attisant la crainte, et de l’homme l’insane cruauté.

 

Oh ! Prince des forêts et du jour qui s’endort

Seigneur... mais démon des mondes insonores,

Ton cœur innocent des humaines calomnies

Saigne d’hier, nombre de saisons d’infamie ;

 

Et dès que ta plainte s’élève vers les étoiles

Elle plane sur les hommes tel un funeste voile ;

La grande peur du loup renaît dans les cœurs,

Histoires et contes enfantent de lugubres heures.

 

Pourtant quand l’aquilon gonfle sa poitrine profonde,

Et qu’avec lenteur son chant s’épuise aux lèvres du vent

Tel un élégiaque souffle de liberté caressant le monde,

Il n’est que gloire à la sauvage beauté d’une nuit d’argent.

 

Puis telle une ombre insaisissable traquée par la mort

Il glisse silencieux dans la nuit sans remords,

Mais ses yeux de lumière où brille trop de feu

Attirent les enfers d'hommes insoucieux.

 

Pourtant d’aucuns ayant vu palpiter ses narines

Ou, dans un clair-obscur, frémir ses babines,

Échanger avec ce Prince l’éclat d’un regard,

Instant sans pareil d’une rencontre de hasard,

 

Furent captivés par des prunelles flamboyantes

Habitées d’étendues sauvages et verdoyantes,

D’une meute mue par l’indéfectible fraternité,

D’une jeune louve unie dans une pérenne fidélité.

 

C’est regard ruisselant de vie couronné de fierté,

Une âme pure sculptée dans un souffle de liberté,

Ou est-ce ce masque englué dans nos fangeuses histoires ?

 

Non, jamais ce fils du vent n’a été l’ombre tueuse,

L’ombre de fantasmes dissimulés derrière un miroir ;

Pourtant l’homme fait de ses jours une nuit tumultueuse.

 

Philippe Laplace extrait du recueil « Clair-Obscur »

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